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Le métier de journaliste va-t-il disparaître avec Internet ?

Posted on 03 avril 2013 by admin

livreblanc3Lorsque vous décidez de lancer une activité sur Internet, la plus grosse difficulté est d’accepter l’idée selon laquelle le pouvoir n’appartient plus aux marques mais à l’internaute. C’est une difficulté car ce n’est jamais agréable de se dire que l’on ne dira plus et ne fera plus ce que l’on veut quand on veut. Prenons l’exemple des média. Avant Internet, la structure hiérarchique du pouvoir sur l’information était claire. Le journaliste proposait une information, le lecteur en disposait. Les possibilités de réponses étaient plus que réduites, il fallait faire partie de l’heureux élu qui allait être publié dans le courrier des lecteurs et encore il y avait en amont un premier filtre, le journaliste.

Le pouvoir était hiérarchisé de façon verticale, il fallait soit croire les média que vous suiviez soit faire l’effort de lire et écouter beaucoup de média différents pour vous faire votre propre opinion…ce que personne ne fait évidemment, trop cher et pas assez de temps. C’était extrêmement frustrant de lire ou d’entendre une information que vous estimez fausse et de ne rien pouvoir faire si ce n’est hurler chez vous, mais personne ne vous entend !

Cette situation est évidemment confortable pour les journalistes car non seulement ils ne peuvent pas être contredits publiquement mais en plus l’information en chasse une autre, l’information s’oublie vite et facilement. Cette situation leur donne (donnait?) un pouvoir considérable d’influence sur l’opinion. Il était très aisé de faire passer une idéologie ou d’en attaquer une autre. C’est pourquoi avec l’arrivée du web, le pouvoir s’est organisé et structuré différemment.

« Sur Internet : plus aucune hiérarchie, plus aucune élite. »

Votre voisin a potentiellement autant de pouvoir que le rédacteur en chef du Monde. Tout le monde est sur le même pied d’égalité. Le pouvoir est structuré de façon horizontale.
Sur Internet, un contenu vit. Dans un média traditionnel, un contenu est contrôlé, vérifié et est ensuite diffusé, il devient donc figé, il n’y a pas la possibilité de réponse, de contre-argumenter, de corriger…Sur Internet, l’internaute dispose d’une quantité d’outils lui permettant d’enrichir le contenu sans cesse (vidéo, photo, audio, powerpoint, texte…). Le processus de création est inversé, auparavant cela se passait en amont, désormais ce sera en aval, les internautes s’emparent de votre contenu. Un article prend souvent de la substance grâce aux commentaires qui argumentent, contre-argumentent, étayent…Il arrive parfois que les commentaires soient plus intéressants que l’article en lui-même et ils génèrent souvent plus de trafic que l’article, les journalistes à l’ego démesuré vont vivre de sales moments.

Les média traditionnels ont perdu leur pouvoir car ils vivaient d’informations qui ne nous étaient pas disponibles or Internet a inversé la tendance, l’internaute peut avoir des informations que le journaliste n’a pas. L’internaute est devenu le média, pour avoir du pouvoir et se faire entendre, il vous faut beaucoup de connexions, plus il y aura d’utilisateurs dans votre réseau, plus ce réseau aura de la valeur et plus votre influence sera grande. Cette théorie a été énoncée par Robert Metcalfe (fondateur de la société 3Com et à l’origine du protocole Ethernet). Il rapporte que “l’utilité d’un réseau est proportionnelle au carré du nombre de ses utilisateurs.” En clair, le potentiel d’un individu, son émancipation, sa valeur sont proportionnels au nombre de personnes auxquelles il est connecté.
Certains journalistes souhaitent protéger leurs articles en invoquant leurs droits d’auteur lorsque celui-ci doit être diffusé sur Internet afin d’éviter que l’article se retrouve partout sur Internet. C’est dire le décalage de compréhension qu’ont ces journalistes avec le fonctionnement d’Internet. Comment leur expliquer que leur texte est souvent une base de départ à une longue discussion entre les internautes, qu’il sera taillé, disséqué, modifié…En somme, si certains demandent des droits d’auteur pour leur article, ce sont l’ensemble des internautes-rédacteurs qui devraient en demander autant. Car comme nous l’avons vu, l’opinion de ces journalistes n’est pas moins ou plus importante que la mienne.
Quand vous avez un tel pouvoir sur l’opinion, vous ne pouvez pas facilement accepter de le laisser. Il est donc très compréhensible que certains s’opposent farouchement à cette liberté d’écrire et de diffuser car les “vendeurs d’opinion” comme

« les éditorialistes par exemple sont des professions qui ne sont plus légitime avec Internet. »

Internet est un endroit ou se diffuse essentiellement des opinions, les internautes deviennent de plus en plus éclairés, en quoi les opinions de ces personnes seraient plus pertinentes que les miennes ou celles de mon voisin ? Seules les journalistes qui apporteront une réelle valeur ajoutée comme l’enquête de terrain par exemple seront utiles et pertinents.
On parle souvent de la mort du métier de journaliste mais ce n’est pas le journaliste qui va disparaître c’est le journaliste inutile qui va soit annoncer des faits, des événements comme par exemple : “hier il faisait -20 dans l’est de la France, ils annoncent de la neige”, soit nous vendre une opinion comme par exemple “La gauche est comme ci, la droite est comme ça…”. Le journaliste qui apportera une compétence qu’un internaute ne peut pas avoir restera, les autres disparaîtront.

Jean-Noël TOUBON

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